Préliminaires

Aubervilliers vit actuellement un cycle de transformations urbaines violentes, expropriations, déplacements de population, arrivée de nouveaux habitants, quartiers disparus et reconstruits, chantiers de recompositions urbaines et tabula rasa. Aubervilliers est devenu un vaste territoire de spéculation fictionnelle et virtuelle du projet Grand Paris. Ainsi La ville mute au rythme du débordement de l’intra muros parisien transformant les images stéréotypées propres à la ville de ban lieue en projections publicitaires vantant la ville de demain, principalement par la promotion d’un aménagement durable générique, mixte et interconnecté, la smart city. Ces images publicitaires qui parsème notre environnement modifie l’image mentale que l’on peut avoir de la ville et dessine en creux un nouveau regard décalé de la population qui l’habite.

Le projet Fantasmagoria est une invitation à plonger dans l’imaginaire collectif et sensoriel des habitants d’une ville de banlieue en pleine métamorphose urbaine.
Le projet concerne des paysages d’Aubervilliers, ville de La Seine Saint Denis, investi par le projet de développement du Grand Paris. Dans ces environnements urbains en transformations, nous menons une expérience photographique immersive mélangeant photographie et simulation 3D. Les compositions de ces dioramas virtuels sont réalisés à partir d’ateliers participatifs proposés aux habitants selon le triptyque : lire, dessiner, écrire, la ville.

En résidence au sein de la folie numérique, pour créer ces univers chimériques, une restitution aura lieu le 10 novembre dans l’espace public albertivilarien.

Vidéo Morphogénèse

La ville d’Aubervilliers, contexte et singularité

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, Aubervilliers fait parti de la ceinture rouge de Paris. Elle est caractérisée par un très fort héritage industriel et ouvrier qui a supplanté un paysage rural qui produisait les meilleurs légumes de la capitale (Notre Dame des Vertus).

A la fin du XIX ème siècle, l’essor rapide de l’industrialisation a fait appel à diverses vagues d’immigration et a construit une identité multiculturelle précieuse par sa capacité à accueillir et brasser des populations venues de pays lointains. Aubervilliers terre des exilés, est à l’écoute des pulsations du monde, témoin alerte des variations et convulsions géopolitiques de la planète.

C’est une ville ou plus de 110 langues maternelles sont parlées et écrites au sein d’une commune ne comptant que 85000 administrés, ce qui en fait une des agglomérations les plus riches d’Europe par sa diversité de population.

La période de désindustrialisation a marqué fortement la morphologie de ce territoire atemporel, il est quasiment resté dans sa forme première d’avant la crise de 1973, à l’exception de quelques opérations de logements sociaux, le plus symbolique étant la cité de la Maladrerie de Renée Gailloustet. Aucune politique d’aménagement à l’échelle communale n’a été réalisée durant 30 années, laissant en place de grandes friches industrielles et le développement de quartiers insalubres dont la résorption est une des urgences municipales. Aubervilliers pendant ce lap de temps est la seule ville de proche périphérie parisienne à avoir perdu des habitants (entre 1965 et 2000), la population d’Aubervilliers se caractérise par une instabilité résidentielle forte. Depuis quelques années et par l’intermédiaire de grands programmes urbains la tendance tend a s’inverser, la population s’accroit de façon exponentielle.

Ville populaire et mise au ban, elle est également la commune la plus pauvre de France (45.5% de la population en 2015, source INSEE) et la seule agglomération de la première couronne Parisienne qui ne possède pas de métro desservant son centre ville. Le foncier y est devenu par conséquences très attractif dans les perspectives qu’offrent l’arrivée du Grand Paris express et les aménagements prévus pour les futurs jeux olympiques.