Notre Voix dans le Grand Aubervilliers

Les villes se transforment et ne cessent de grandir. En 2050, les 2/3 des habitants de la planète seront des citadins. Aubervilliers, ville de banlieue aux portes de Paris est aujourd’hui confrontée aux enjeux de ce phénomène de métropolisation. Comment une ville populaire va t’elle faire face à ces transformations ? Quel droit à la ville pour ses habitants ? Comment faire entendre sa voix dans ces projets urbains gigantesques ?

Le 10 novembre 2018, vous étiez invités sous la Bulle, place de la Mairie, à découvrir la ville d’Aubervilliers au travers d’installations visuelles et sonores, de performances, d’ateliers vivants et de débats actifs. Plutôt que de céder à la confusion et au vertige, il s’agissait de rencontrer des expériences individuelles, et de participer à faire émerger une intelligence et un destin collectif.

«Notre voix dans le Grand Aubervilliers» s’adresse au plus grand nombre en valorisant les initiatives habitantes dans toute leur diversité, en réunissant des propositions d’acteurs du territoire divers, mais aussi en invitant la recherche scientifique, la culture et les arts, d’ici et d’ailleurs, pour offrir un terrain de rencontre riche et inspirant.

L’événement «Notre voix dans le Grand Aubervilliers» est issue du projet Fantasmagoria et à été construit en collaboration avec APPUII (association regroupant enseignants-chercheurs, professionnels des métiers de la ville, étudiants, militants associatifs et habitants de quartiers populaires).


Ma ville est un monde

TENSIONS SUR LES METROPOLES – Agnès Deboulet (Laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement- CNRS – Université Paris 8)

Que représente Aubervilliers dans la métropole parisienne et celle-ci parmi les villes-monde ? S’il est utile de dresser un portrait rapide des grandes villes et de l’urbanisation comme fait mondial, on reviendra sur trois défis pour la gestion urbaine et la démocratie locale : les inégalités croissantes / le droit à la ville et la justice spatiale /
le changement climatique.


LE GRAND PARIS – Boris Lebeau (Laboratoire Pléiade, centre de recherche pluridisciplinaire)

Les liens Paris- Banlieue sont en pleine reconfiguration. La banlieue redevient un enjeu majeur d’aménagement pour la métropole. Avec le Grand Paris, c’est bien l’Etat qui est aux commandes alors que l’instauration d’une entité politique (la métropole du Grand Paris) réunissant Paris et sa banlieue peine à s’affirmer.


MORPHOGÉNÈSE ALBERTIVILLARIENNE – Antoine Mialon (Architecte urbaniste indépendant, collectif TOPOÏ, Association Périscope)

Aubervilliers est un organisme vivant, au travers d’une série de cartes d’archives et de photos aériennes comprendre comment s’est constituée la morphologie de la ville. Quels sont aujourd’hui les grands axes qui ont commencé a transformer de façon radicale ses paysages urbains.

Morphing cartographique.
Fusion de trois cartes de 1800, 1920 et 2017


Initiatives albertivillariennes

AVISA (Association des Volontaires pour l’Intégration et la Solidarité à Aubervilliers)
«L’école c’est bien, mais ça ne fait pas tout»
Hawa Mangara, Mme Gakou N’Deye, Quartier Maladrerie Emile Dubois

Confrontée comme de nombreux migrants a des problèmes d’éducation et de formation, un groupe de femmes volontaires a décidé de monter un réseau de solidarité multiculturel pour agir localement. Leurs principaux objectifs sont de favoriser la réussite des jeunes et l’intégration des parents.


L’ENTRE  MONDE
Jihem Saint Just
, Quartier Victor Hugo

Espace alternatif de création autonome et indépendant. Comme beaucoup de lieux alternatifs à Aubervilliers, l’Entre monde s’est éteint lors d’une vaste opération immobilière. Il traduit la difficulté de faire vivre et péréniser un espace en dehors des sentiers conventionnels de la culture.


LE JARDIN AMICAL
Mouloud Mezghel
, Quartier du Landy

Nouvel arrivant dans le nouveau quartier du Landy, Mouloud Mezghel a entrepris le défrichage d’un délaissé pour y installer un potager collectif. Le projet devient vecteur d’autres initiatives et idées pour investir l’espace public ou s’attaquer à des problématiques urbaines, tels que l’aménagement d’une voie rapide ou l’appropriation des berges du canal Saint Denis.


L’EPICERIE SOLIDAIRE
Hernani Tavares
, Quartier Landy Plaine

Dans un quartier illustrant la fracture sociale, les sièges sociaux de grands groupes côtoient les travailleurs des rues.  Installés dans des garages de fortune certains sans abris se sont regroupés avec d’autres sans papiers autour du projet d’une épicerie solidaire avec un collectif, le 20 Landy Plaine, Un pas de plus.


Jeu de la ficelle

Le jeu de la ficelle est un outil pédagogique qui aborde les alternatives citoyennes par rapport au système dominant. Il a été créé initialement par Daniel Cauchy, systémicien et formateur. Originellement conçu pour étudier et visualiser les liens de notre mode de consommation alimentaire nous l’avons détourné pour appréhender la complexité des relations à l’échelle d’un territoire pour mieux le comprendre et agir.

C’est la première fois que nous expérimentons cette forme pendant un atelier urbain, chaque participant est invité à prendre une place dans ce jeu de rôle.

Pour se faire, nous avons sollicité :

Anne-Sophie Juvénal, Compagnie Anticlimax, formée au Théâtre de l’Opprimé
Siamak Shoara pour les questions métropolitaines et citoyennes du Grand Paris, Association Métropop’!

Objectifs du jeu :

  • Comprendre et identifier les différents acteurs décisionnels dans la construction de la ville
  • Favoriser la construction d’un regard critique sur notre modèle de fabrication de la ville
  • Ouvrir des perspectives d’actions alternatives au modèle actuel, tant individuelles que collectives

Règles du jeu :

1 – Trois cercles concentriques de différentes couleurs sont dessinés au sol.
2 – Une série de cartes est à votre disposition et vous invite à prendre un rôle et à vous placer selon sa couleur sur les cercles.
3 – Lorsque tous les participants ont choisi leur rôle, un temps de réflexion pour exprimer pourquoi il se mettent en relation avec d’autres éléments des cercles.
Un fil de laine permet de tisser ce lien.


Tables rondes

L’objectif de ces tables rondes n’est pas de faire un constat mais de formuler des outils et pistes faces à des situations concrètes sur la ville d’Aubervilliers. Pour chaque table, nous avons fait appel à des chercheurs spécialistes de questions sur des enjeux sociétaux.

TABLE 1 : METROPOLIS, place de l’expertise habitante dans le projet urbain
Modérateur : Sylvain Adam, APPUII
Retranscription : Nicolas Phan Van Pi

Aubervilliers connait aujourd’hui de grands bouleversements urbains, des projets sont en cours dans la plupart des quartiers de la ville. Les mots concertation et co-construction habitante sont devenus des outils de communication classiques dans le langage institutionnel. Qu’en est il de la pratique ? Quelle implication réelle des habitants dans les projets ?

TABLE 2 : DROIT A LA VILLE
Modérateur : Cécile Gintrac, Laboratoires Mosaïques
Retranscription : Stela Muci

Aubervilliers est à l’écoute des soubresauts du monde, ville de migrations, ville d’accueil. Le trésor poétique municipal d’Aubervilliers répertorie plus de 100 langues maternelles parlées dans la ville. Dans un contexte où la cohésion sociale se trouve éprouvée par l’arrivée d’un grand projet de territoire priorisant la compétitivité et l’attraction économique, comment penser la fabrication d’une ville solidaire vis à vis de sa population la plus fragile ?

TABLE 3 : DAME NATURE DANS LES BRAS DU COLOSSE URBAIN
Modérateur : Michael Evrard, ALEC
Retranscription : Paul Dumon

En 2018, on compte 1.3 m2 d’espaces verts par habitant pour la commune d’Aubervilliers, contre 68 m2/hbt pour la ville de Madrid. À cause des effets croissants de la catastrophe écologique en cours, Aubervilliers doit réagir. Quels éco-systèmes soutenables mettre en place pour Aubervilliers ? Quels outils et méthodes construire pour s’appuyer sur des dynamiques locales ?


TABLE 4 : ESPACES DU COMMUN
Modérateur : Hugues Bazin, LISRA
Retranscription : Benjamin Leclercq

La frénésie constructive bouleverse par son ampleur et sa rapidité des sociabilités et fragilisent des microcosmes économiques. Dans une logique basée principalement sur la rentabilité spatiale, les lieux alternatifs se réduisent. Face au risque de déshumanisation de l’espace public, comment penser, préserver ces espaces autres, ces espaces d’échanges, ces espaces de culture qui participent à la communauté ?

Remerciements

L’ensemble des habitants, collectifs habitants, associations, centres sociaux qui ont participé aux ateliers des itinéraires, cartographies subjectives, parcours commentés à travers la ville : 

Centre Roser, Avisa, Un pas de plus, Amical locataire du Landy, la CNL, Conseil Local des jeunes, Metr’Auber, Modulotoît, Régie de Quartier, Société d’Histoire d’Aubervilliers, conseils de quartier.

Aux associations et chercheurs qui ont participé à l’organisation de cette journée :

Aux services et techniciens de la ville qui nous ont aidé sur cette journée.


Le projet Fantasmagoria est soutenu par :